E.Fievet

Depuis 2017, Émilie Fievet a repris le flambeau familial. Basée dans la région de Nantes, elle a renouvelé les collections avec de nombreuses idées innovantes mettant en résonance, par la forme ou par le décor, différentes pièces d’une même série.

1- Enfance :
J’ai toujours eu l’autorisation de jouer sur le lieu de travail de mes parents.
Je me souviens que je ramassais les copeaux frisés qui tombaient sous le tour à pied de mon père pendant le tournassage. Je malaxais aussi des morceaux d’argile afin d’en faire des cubes ou des animaux.
Vers 6 ou 7 ans, je modelais la terre. Je confectionnais par exemple un pot en colombin, un canoë ou une petite maison.
Je vendais ces “oeuvres” aux amis et à la famille dans une dépendance de la maison.
“Venez voir mon magasin !!!” …
Comme j’aspirais à devenir “menuisière”, je vendais aussi mes objets en bois, cloués grossièrement mais qui eurent un fier succès.

2- Adolescence :
Mes parents ont ensuite exercé leur profession sur une péniche dont la cale était aménagée en atelier et habitation. Ainsi, pour accéder à ma chambre située dans le carré du mousse, je devais traverser l’atelier de poterie.
J’ai bénéficié d’un apprentissage du métier sans réellement m’en apercevoir.
Tout d’abord grâce à l’observation.
Le soir, je racontais ma journée d’école pendant que mon père tournait ses séries de coquetiers et ma mère décorait une vasque de cuisine ou un grand plat.
Mes yeux ne quittaient pas leur ouvrage, j’étais hypnotisée.
De plus, j’étais toujours prête à rendre service, par exemple pour bidouiller, tremper, débaguer ou encore défourner avec les gros gants.
Puis j’ai appris à tourner, à travailler à la plaque avec mon père et à décorer avec ma mère. J’ai donc fini par intégrer quelques bases du métier.
La profession de céramiste, c’est aussi la vente. J’ai participé à des marchés de potiers en Belgique, en Hollande. J’adorais l’ambiance. J’apprenais à vendre, à prospecter … parfois on allait livrer à Paris, quartier du Marais, Clermont-Ferrand, Carcassonne … Toutes ces belles boutiques qui revendaient deux fois le prix. J’étais impressionnée.
Lorsque mes parents ont acquis une péniche-exposition, je me suis attribué un espace : “le coin de l’apprenti”. Ce dernier me permettait de vendre dans leur boutique.
Nous étions stationnés à Nancy, quai Sainte Catherine pendant ma première (et seule) année de licence d’anglais. J’ai eu un véritable coup de foudre pour l’Art Nouveau de l’Ecole de Nancy. Je me suis donc mise à sculpter des bas-reliefs sur les poteries de mon père et cela s’est très bien vendu. De même, je m’inspirais de décors sur le thème du végétal issu de ce courant.
À cette époque, mon père a entre autres modelé une Vierge Marie de près d’un mètre cinquante de haut. Celle-ci devait remplacer une statue vandalisée à Duingt près d’Annecy. J’ai servi de modèle et cela m’a donné envie de m’initier à la sculpture. C’est en fait beaucoup plus tard que j’ai expérimenté cette spécialité.

3- Jeune adulte
À l’âge de 24 ans, mon père et mon compagnon m’ont construit mon premier tour. Je l’ai installé dans la cuisine de notre maison de location. Les murs ont soudain changé de couleur ! Heureusement, un simple coup d’éponge suffit à nettoyer les éclaboussures liées au tournage. J’avais trouvé une carrière à Chantonnay en Vendée au fond de laquelle je pouvais ramasser une argile rouge d’une parfaite élasticité. Je la tamisais au préalable afin de supprimer les petits cailloux puis après une minutieuse préparation, je pouvais la tourner. Je trouvais cela magique de prélever ma terre en pleine nature puis d’en faire des objets comme à la préhistoire.

4- Adulte
N’ayant pas de possibilité de faire un atelier dans notre habitation, je me suis mise à la sculpture. Je modelais sur la table de ma cuisine puis libérais l’espace pour les repas en famille. J’ai ainsi modelé plusieurs statuettes d’inspiration baroque présentant d’horribles monstres dévorant des humains.
Après un déménagement, j’ai enfin la maison avec des dépendances qui vont me permettre d’avoir un vrai atelier. Je vais pouvoir créer ailleurs que dans ma cuisine !!!
Après quelques travaux, j ai pu inaugurer mon atelier début 2017.
Il me faut réapprendre à tourner, à décorer, cela fait tellement longtemps !
Je bénéficie heureusement de conseils d’amis artistes comme Rémi Gendre ou Yannick Boucard. Ils me conseillent et me donnent quelques fournitures pour que je puisse démarrer.
Grâce à internet, je peux obtenir des réponses à beaucoup de questions d’ordre techniques.
En mars 2018, j’officialisais mon statut de micro-entrepreneur auprès de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat de Loire-Atlantique et je créais la “Poterie Emilie Fievet”.
J’aime l’ambiance de mon atelier, il y fait chaud, je mets ma radio et j’y installe mon chat qui ronronne paisiblement dans son carton.
En 2017, mon idée de départ était de façonner des bas-reliefs baroques (avec des monstres) sur des bols mais j’ai très vite abandonné ce projet.
Une nuit, une révélation toute autre m’est venue à l’esprit, celle du “Fil Conducteur”.
L’idée étant de réaliser des décors connectés entre eux par le décor d’un fil. Les dessins n’ayant aucun rapport entre eux, l’assemblage devenant très vite saugrenu !
Ces petites histoires absurdes m’ont valu de grands sourires émanant de mes clients.
Quelques mois plus tard, le concept devenait vertical et je me suis mise à faire des empilements de bols, d’assiettes ou de tasses avec un décor se prolongeant d’un objet à l’autre. C’est pourquoi j’ai demandé à Geneviève, ma mère, de m’épauler dans la réalisation des décors. Ainsi grâce à cette collaboration dûment partagée, nous mettons en commun nos idées créatrices, ainsi que son précieux savoir-faire au pinceau.
Pour créer une harmonie dans les décors, j’ai opté pour un émail de fond toujours blanc et trois duos de couleurs seulement. Le vert et noir, le rouge et noir, le bleu et noir et enfin le noir seul pour la série Fil.
Je pense un jour revenir vers la sculpture ou le bas-relief et je cherche l’inspiration au gré de musées que j’ai la chance de visiter dans de nombreuses villes d’Europe.
En février 2019, j’ai investi dans un nouveau four électrique, plus spacieux que le précédant que mes amis designers Manuel Lefort et Sara Borel me prêtaient jusque là. Je me lance donc dans la fabrication de pièces plus grandes : des pots de fleurs que l’on peut garder à la maison, poser au bureau ou laisser en extérieur, dans un jardin ou sur un balcon.
J’envisage aussi plus tard de fabriquer des plaques ou urnes funéraires pour humains ou animaux.
En août 2018, j’ai eu la chance d’être sélectionnée pour le marché “l’été des potiers” à Vannes. Lors de ces expositions et salons, les visiteurs me qualifient souvent de potière-poète !
Pour ma part, je pense plutôt faire partie de ces artisans qui élaborent avec soin des objets utiles, pratiques, agréables, originaux et utilisables au quotidien.